La supérette, un investissement de choix

article-superette

Lancer une supérette n’est pas une mince affaire.

Ce sont les hommes du métier maîtrisant les différents canaux de distribution et ayant un sens aiguisé de l’approvisionnement en matières premières qui se hasarderont à investir dans ce créneau. Cela dit, la demande de la supérette du quartier est de plus en plus forte. Autrement dit, la modernisation de la grande distribution a tiré vers le haut les petits commerces… L’épicerie sale et où les produits alimentaires ne sont pas dépoussiérés a cédé la place à des espaces plus spacieux et propres dans les quartiers du centre ville. Il est clair que l’épicerie a toujours sa place mais la diversification de l’offre a structuré les espaces de chalandage. La démarcation de tels points de vente se fera en fonction de l’offre proposée. Ceci suppose, néanmoins, un niveau d’investissement important. Le local représentant un critère fondamental dans la prise de décision quant à lancer une affaire de ce genre. Karim Basrire, marocain, installé, à Paris a goûté à cet aspect quand il a lancé sa chaîne de supérette. « Il s’agit d’abord d’avoir en tête que la priorité des priorités dans un commerce est l’emplacement, l’emplacement et encore l’emplacement. Une étude de marché sérieuse est donc plus que nécessaire pour cibler une bonne zone de chalandage. Bien entendu, qui dit bon emplacement dit aussi prix élevé du local », rappelle en fin connaisseur le natif de Tafraout. « L’idéal pour le MRE qui souhaite monter sa supérette serait de posséder son local. Car le prix du foncier impacte de manière significative le montant de l’investissement surtout dans les grandes villes ». Sa vision est née ailleurs, certes, mais sa vision sur le Maroc est tout aussi vérifiée. Fortement impliqué dans l’entrepreneuriat au Maroc de la diaspora marocaine vivant en France, Karim sait ce qu’il faut comme ingrédients pour réussir au Maroc dans ce créneau précisément.

Concrètement, le prix du local dépendra de sa localisation. Il faudra compter pas moins de 300.000 DHS pour une superficie de 150 m² dans les quartiers populaires. Les mieux situés dans les villes principales offriront des espaces commerciaux dépensant facilement les 500000 DHS voire les 700.000 DHS pour une telle superficie. Le compte est vite fait ! Partant de là, la diaspora marocaine n’investira dans ce segment que si le local est déjà existant au sein du patrimoine familial. Le risque sera maitrisé de la sorte. Les surfaces de stockage des marchandises sont à prendre en compte en effet dans le choix du local. Les équipements en frigos et en climatiseurs grèvent les charges en électricité. Ceci est aussi à prendre en compte dans le business plan.

Aujourd’hui, la réglementation en vigueur ne permet plus d’éteindre les réfrigérateurs sans en subir les conséquences. Les propriétaires d’épicerie l’ont compris pour la plupart. Et l’investisseur de l’autre rive devra donner l’exemple en respectant les normes réglementaires.  «Très souvent, les moteurs des frigos doivent avoir une grille d’aération vers l’extérieur. Ce fait est à prendre en considération. Beaucoup d’entrepreneurs oublient», fera remarquer, à ce niveau, Karim Basrire.

Concernant le volet relatif à l’aménagement du magasin, plusieurs possibilités se présentent. «L’investisseur aura soit la possibilité de prendre une franchise locale de la distribution soit créer sa propre marque de magasin. La première option renvoie à des enseignes déjà présentes au Maroc pour ne citer que la chaîne de discount BIM ou Xpress, la nouvelle enseigne de supérettes de MarjaneIl faut avoir en tête qu’une supérette n’est pas une épicerie de quartier mais plutôt un mini supermarché qui reprend les codes de la grande distribution ». Le propriétaire de la chaîne sait faire la différence. Ses repères sont en France et la diaspora marocaine se retrouvera plus dans ce genre de conseils. Ceci ne permettra que d’accélérer le niveau de modernisation de tels circuits au Maroc. Le respect des normes fera la différence car le client est devenu de plus en plus exigent. L’aménagement devra tenir compte aussi de l’accessibilité des personnes à mobilité réduite. L’électricité, le carrelage et la peinture représentent les trois principaux postes de charges de départ.

Par la suite, l’agencement du magasin passera par la confection du rayonnage, le placement des caisses enregistreuses et du système d’information pour la gestion du magasin. Vitrines réfrigérées positives et négatives, rayon fruits & légumes, balances, chambre froide représentent les autres équipements dont devra se doter une supérette dès son lancement. La décoration du magasin, sa signalétique fera partie du budget marketing retenu par le porteur de projet. En terme de management proprement dit, le manager devra dès le départ avoir une force de négociation pour le financement de ses stocks. Le délai de paiement jouera énormément sur son turn over et sa capacité lui même à financer ses charges courantes. Ces dernières pouvant atteindre facilement le million de dirhams. « Pour une superficie de 150 m², il faudra compter au minimum 4 personnes pour gérer. L’approvisionnement et les livraisons à domicile sont à prendre en compte dans le fonctionnement quotidien d’une telle structure marchande » explique le spécialiste en la matière. Le point fort d’une supérette est à la fois le rapport nombre de références/superficie mais aussi son amplitude d’horaires (7 jours/ 7,  7h-22h). Cela impose donc des moyens humains à la hauteur du challenge», explique l’expert de la question.

Aucun diplôme n’est nécessaire pour l’ouverture d’une épicerie ou d’une supérette. Néanmoins, des compétences managériales et de gestion seront plus que nécessaires. Ce filon exige des personnes qui ne regardent pas leur montre et qui ont une aptitude à travailler.

La rigueur renvoie aussi à la surveillance de la trésorerie. «Elle doit rester toujours positive grâce au paiement comptant de la clientèle et aux délais de paiement accordés par les fournisseurs.Très souvent, on retrouve à la tête de ces supérettes des personnes ayant travaillé auparavant dans la grande distribution et souhaitant se mettre à leur propre compte », rajoute Karim Basrire.

La boucle semble bouclée… Sauf que le marché évolue. Il s’agira d’être toujours à son écoute. Ce dernier est marqué de plus en plus par l’installation d’enseignes rendant la concurrence de plus en plus acerbe (Marjane, Acima avec Xpress, BIM etc…). Ces mastodontes sont à considérer lors de la décision d’investir dans une supérette. « Contrairement aux indépendants, ces réseaux bénéficie de la puissance de leur centrale d’achat qui leur permet d’avoir des prix plus intéressants», explique à juste titre Karim Basrire.

La démarcation serait donc une opportunité intéressante. « Pourquoi ne pas envisager une supérette sur des créneaux encore méconnues au Maroc comme le bio? »L’idée est à étudier de près compte tenu des droits de douane à l’importation. Le recoupement avec le pouvoir d’achat du marocain est incontournable à ce niveau. Ce qui est sûr c’est que le comportement du consommateur marocain a changé ces dernières années. Soucieux de sa santé, le marocain est aujourd’hui plus ouvert à acheter des produits même plus chers. Envisager un rayon sans gluten serait envisageable dans une supérette sise dans un quartier cossu où le pouvoir d’achat est élevé. L’offre à ce niveau existe désormais dans les magasins La Vie Claire qui représente une franchise locale de produits bio. Cela dit le marché demeure encore quasi vierge… Son développement permettrait de faire baisser également les tarifs douaniers compte tenu de la nécessité de ses produits pour des personnes allergiques par exemple au gluten.

Bref, la démarcation serait bénéfique. En terme de produits ou de qualité de services, les choix de l’investir seront décisifs. L’expérience et la maîtrise du marché conditionneront, fortement, la réussite de celui qui souhaitera se lancer dans une telle aventure. Karim est formel à ce niveau. « Si vous envisagez d’investir au Maroc, l’étude du marché est incontournable. L’avantage majeur d’avoir résidé à l’étranger permet d’anticiper les changements qui vont avoir lieu sur le marché marocain. Concrètement, si on prend le marché de la distribution alimentaire la pression concurrentielle s’est accrue(supermarchés, hard-discounteurs, supérettes) au détriment des indépendants isolés. Ces derniers ont vu leur marge diminuer d’année en année. Les projections retiendront ce trend. Par conséquent, il s’agira à mon sens d’envisager, dès le départ, soit de s’associer à une enseigne nationale soit de suivre la même stratégie ». Les recommandations du businessman reposent sur non seulement sur un vécu mais une parfaite connaissance du marché national et français.  Édifiant.

Related Articles